














Lancé dans l’aventure théâtrale depuis ma jeunesse en terre catalane, comédien dès 1971, je suis passé par plusieurs étapes. Tout d’abord, j’ai commencé par une formation littéraire (1975-79) suivie d’un apprentissage à l’Ecole Internationale de Paris auprès de Jacques Lecoq (1979-81) ainsi que des études théâtrales (1980) menées en particulier avec Bernard Dort. Elles aboutissent en 2005 à un Doctorat en Arts du Spectacle. Une thèse intitulée « Le Recours au masque sur les scènes du XXe siècle : utopies théâtrales et malentendus » sous la direction de Jean-François Dusigne. Ensuite, l’expérience du jeu de l’acteur et de la vie de troupe avec six années passées au Théâtre du Soleil (1981-1986) où j’ai eu le bonheur de jouer des rôles d’importance dans le cycle Shakespeare et dans L'Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, d’Hélène Cixous. Puis la création de la Compagnie du Théâtre du Frêne en 1988 que je dirige jusqu’à aujourd’hui en mettant en scène plus de vingt spectacles.
Mon expérience d’acteur au sein du Théâtre du Soleil a été déterminante à plus d’un titre. J’ai tout d’abord eu le plaisir d’interpréter des personnages magnifiques, dans le cycle Shakespeare (Richard II, La Nuit des Rois, Henry IV), puis dans L'Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge d’Hélène Cixous où je jouais le roi défunt Suramarit ainsi que le général Lon Nol. J’ai aussi eu la chance de diriger la préparation corporelle des comédiens de 1984 à 1986.
Jouer tous les soirs, animé par une quête permanente de la perfection, du don de soi maximum pour que le spectacle soit une fête de pur théâtre... cela est formateur et m'a confirmé dans mon dessein de vouloir diriger une troupe de création.
L'éthique du Théâtre du Soleil, vécue quotidiennement de 1981 à 1986, m'a renforcé dans cette conviction : le Théâtre doit chercher son public et collaborer avec lui. Le théâtre ne peut se couper des réalités sociales et une équipe artistique doit aller sur la brèche, faire acte de résistance pour que la représentation soit un moment de liberté, de rencontre réelle qui permette d'élargir notre champ de conscience, une immersion dans le territoire de la poésie.
Le Théâtre du Frêne, que j'ai fondé en 1988, s'est défini dès le début comme une aventure artistique dans laquelle la notion d'équipe est centrale. C'est la force de cette équipe, qui a permis de tisser des liens entre nos spectacles et notre présence sur le terrain, avec cet objectif commun d’un travail proche des gens, tentant toujours plus d'élargir le public, conçu comme le partenaire essentiel de la représentation théâtrale. Dans mes spectacles, je suis à la recherche d'une théâtralité forte tout en donnant la priorité au jeu de l’acteur, en utilisant des codes de jeu éloignés du réalisme. J'aime me sentir en filiation avec mes aînés qui ont oeuvré pour un théâtre populaire exigeant, tout en jouant mon rôle de "passeur" à partir de textes d'auteurs au caractère littéraire affirmé, avec une dimension poétique laissant la voie libre à l'imaginaire et la suggestion.
A la suite de mon travail à l’Ecole Nationale d’Oslo, j’ai été invité par le Studio Theater de Trondheim en Norvège à mettre en scène L’Ours et Une demande en mariage de Tchekhov (1987). Au Canada, je mets en scène La dernière dame sur un scénario d’Onil Melançon (1988) et Monsieur de Pourceaugnac de Molière (1990). Avec le Centre National des arts d’Ottawa, je signe la mise en scène du spectacle Le bossu de notre dame d’après Victor Hugo (1993). En coproduction avec le Théâtre de la Vieille 17 au Canada, je mets en scène Le Nez d’après Gogol (1994). Cette collaboration avec Robert Bellefeuille se poursuit avec la création de « … puisque le monde bouge… » de Michel Nadeau (2001) qui réunit dans le cadre d’un échange francophone des compagnies canadiennes Théâtre niveau parking (Québec), Théâtre Populaire d’Acadie, Théâtre de la Vieille 17 et le Théâtre du Frêne. Ce spectacle est une coproduction avec le Centre National des arts d’Ottawa et bénéficie du soutien du Festival international des Théâtres francophones en Limousin. Avec Sganarelle de Molière (1996), créé en France, le Théâtre du Frêne collabore avec l’Alliance Française et les Centres Culturels d’Afrique Centrale et de l’Ouest pour mettre en place des tournées en Afrique. Sol Soleil (1997) de Clair Arthur et moi-même bénéficie également d’une tournée au Canada grâce notamment à l’AFAA.
J’ai mis en scène plus de 20 spectacles avec le Théâtre du Frêne. Plus de 1 500 représentations ont été jouées, tant en France qu’à l’étranger - Amérique du Nord et Afrique. Ces dernières années, j’ai souvent exploré le territoire des écritures contemporaines. J’ai aussi entrecroisé les différentes disciplines que sont le théâtre, le cirque et la musique.